Felix-Optat Milet (1838-1911)

Felix Optat Milet

Félix Optat Milet est fils et petit-fils de potiers dans un village qui comptait en 1820 pas moins de 32 fabriques de grès utilitaires; poteries vernissées cuites au grand four. Le musée du château de Dieppe, fondée par Ambroise Milet, le frère d'Optat, recèle une très belle collection de ces poteries.

C'est très certainement enfant qu'il va commencer à apprendre le métier de potier à Bully.

Il entre comme modeleur à la Manufacture de Sèvres en 1862. Son frère Ambroise y opère déjà en tant que Directeur des fours et des pâtes. Il devient ensuite décorateur. Il séjournera à la Manufacture jusqu'en 1879.

Il demande en 1866 l'autorisation à la Mairie de Sèvres de construire un four au '6 rue Troyon' à deux pas de la Manufacture. Il l'obtient et démarre ainsi une entreprise indépendante qui se prolongera jusqu'en 1971 dirigée successivement par son fils Paul Milet (de 1890 à 1931) et son petit-fils Henri Milet (de 1931 à 1971).

Le travail à la Manufacture de Sèvres

Optat Milet participe aux travaux pour retrouver la formule du rouge de cuivre inventée par les chinois. De nombreuses notes du laboratoire de la Manufacture et de courriers font état des difficultés sur les dosages et la manière de conduire le four. Une fournée ratée permet par hasard de retrouver la méthode connue des Chinois des émaux cristallins (un excès de cuivre s'étant sublimé dans le four pour se redéposer ensuite sous forme de cristaux). Se reporter aux excellents écrits de Jean Girel pour comprendre l'alchimie des émaux et vibrer de la passion de ces découvreurs.

Le travail dans son propre atelier

Tout commence en 1866 par la construction d'un four qui permettra la cuisson de faïences et de grès. Chacun y est le bienvenu. Cet atelier se transformera progressivement en usine avec des tourneurs, des décorateurs, puis même des commerciaux (certains Milet sont signés Delvaux ou Ovington nom d'une boutique de New York). Très vite, le nombre d'œuvres produites est important. Plus de mille pièces chaque année et ce pendant 25 ans. Les pièces sont pour l'essentiel moulées. C'est ainsi qu'un œil exercé remarquera que beaucoup d'œuvres non signées Milet sont sorties de ces moules. Plats de Deck, de Massier par exemple avant qu'il s'installe à son compte. Utilisation intelligente de matériaux sortis de la première cuisson. Il dispose à cet emplacement d'un magasin pour vendre sur place sa production.

La participation aux expositions universelles

Une très grande paire de vase d' un mètre trente de hauteur remportera une médaille d'or à l'exposition de 1889. Le premier vase représente une scène avec des biches et le second une scène avec des sangliers.

La coopération avec d'autres artistes

Décorateurs :

Louis d'Eaubonne : très nombreux plats

Émile Belet : grès très avant-gardistes. Ces pièces sont rares (autour de 25) et donc extrêmement chères (plusieurs milliers d'euros en 2008)

Robillon

Louis Bourgeot : très nombreux vases avec des fleurs (a travaillé beaucoup aussi avec Paul Milet)

Émile Diffloth : Vases et assiettes décorés de thèmes fleuris avec un travail très caractéristique de reliefs dans la pâte (triangle de trois points, croix, etc.)

  1. Granger: Vases sur les mêmes tonalités qu'Emile Diffloth.

Charles Ficquenet : imitation d'un vase chinois en céladon avec des décors torsadés dans la pâte. Au départ, ce modèle s'est vendu sous la forme de deux grands vases sans fond montés en lampes, d'une couleur bleu éclatante. Ensuite plusieurs séries de vases plus petits faits à partir de moules sortiront jusque dans les années cinquante. La plupart sont vert céladon.

Alfred Lavidière : portrait de Constant Troyon

Eugène Froment : très nombreux plats représentant des images symboliques (des quatre saisons par exemple)

Céramistes :

Clément Massier : indéniablement plus qu'un très bon ami. Massier est un homme immensément chaleureux dont la présence ne peut être ignoré !

Tant que Clément Massier a vécu à Sèvres, ces deux artistes ont travaillé ensemble quotidiennement, foisonnants d'idées, jamais lassés. Certaines œuvres semblent être presque l'enjeu de paris ou de défis tellement elles sont étonnantes : une sculpture d'une dame élégante peut être croisée la veille, des essais d'émaux sur des grès ressemblant à des pièces que produira Denbac à Vierzon cinquante ans plus tard.

La boutique Delvaux au 18, rue royale - Paris

Cette boutique, fondée dans les années 1880 avec Clément Massier, est destinée à vendre des objets d'art courant: verres décorés, faïences, services. Les provenances peuvent être très diverses. Haviland - Limoges est probablement le principal fournisseur. Les verreries de Clichy, la fabrique de Choisy-le-Roi, les établissements de Fontainebleau ou de Montigny font aussi partie du catalogue.
Cette boutique tiendra sa place jusque dans les années 1970. Près d'un siècle d'existence. Les produits de cette boutique se sont particulièrement bien exportés aux États-Unis avec des plats amusants représentant les monuments de la ville de Paris. Certains récapitulent les fromages sur une carte de France...

Point de vue sur l'œuvre d'Optat Milet

La chose la plus remarquable de cette œuvre est la prolixité et l'inventivité. Pourtant, jamais rien n'est répété et tout est unique. Une prodigieuse créativité renforcée par de fortes relations avec ses contemporains se voit dans l'extrême variété des styles et des techniques utilisées. Pour exemple, il est vraisemblable que les œuvres communes, signées OMC ou Sèvres - Vallauris, d'Optat Milet et de Clément Massier atteignent un nombre supérieur à un milliers.

Au départ, il est aisé de comprendre que les recherches sur les émaux de la Manufacture de Sèvres ont ouvert d'immenses horizons aux artistes. Avant les nombres de couleurs était limitées (cinq couleurs fondamentales pour les céramiques Imari du Japon) et les glaçures n'avaient pas cette nouvelle profondeur. La nouvelle chimie et une meilleure maîtrise du refroidissement des fours révolutionnent l'art de faire. Toutes les couleurs sont possibles. L'émailleur possède désormais toute la palette du peintre.

Le parallèle avec l'invention de la photo en couleur par Louis Lumière est parfaitement justifié. Les créateurs d'alors vont se précipiter pour montrer leur capacité à décrire la nature. Beaucoup d'œuvres d'Optat Milet évoquent Cézanne. Des scènes champêtres où les oiseaux, les animaux sauvages et domestiques sont représentés dans leur plus grande simplicité. Beaucoup d'exécution sont empreintes d'humour : une mésange expliquant à son collègue le danger d'un piège à oiseau, un pauvre poussin perdu en mer dans sa barque ! Cette époque assiste à l'explosion des formes. Ses études avec Emile Belet sont particulièrement intéressantes : des vases poulpes ou cactus, des formes très géométriques. Les manufactures d'Europe centrale développeront beaucoup ce type de figures.

Il semblerait aussi que l'établissement officiel de la Manufacture avec certes ses très belles œuvres ne pouvait satisfaire ces artistes désireux de sortir d'un style hiératique, convenu, "napoléonien" ou "royal". Sans nul doute, après leur journée de travail ou lors de leur temps libre, une partie des artistes de la Manufacture sont venus exprimer dans la bonne humeur une envie de liberté. Des moules d'œuvres de Théodore Deck, des aquarelles de décorateurs préparant leur émaillage et bien d'autres travaux ont été vues dans l'usine Milet.

Cette liberté s'est aussi retrouvée dans cette capacité de chacun de fonder sa propre entreprise : Massier à Vallauris, Théodore Deck à Guebwiller, Ernest Chaplet à Bourg la Reine. Il est étonnant de voir aussi la similarité des émaux et de l'inspiration. Le rouge sang est pratiquement le même chez tous ces artistes, le bleu souvent attribué à Deck n'est en rien différent chez Milet ou chez Decoeur. Même aujourd'hui, plus d'un siècle après, il y a peu de place pour le doute sur la filiation de cette école.

Tous les céramistes de cette époque ont cherché en s'inscrivant dans la tradition des meilleures écoles de céramiques à devenir l'égal des plus grand maîtres. C'est ainsi que nous pouvons maintenant admirer un art chinois, japonais, perse remis au goût du jour avec des exécutions admirables. Les plats Iznik de Théodore Deck, Edmond Lachenal, Optat Milet, Léon Parvillée, Jules Vieillard en sont une des plus belles illustrations.

Enfin, il y a dans l'œuvre d'Optat Milet un parti pris de gaité et de joie de vivre en réaction avec la société de son époque. Oeuvre après œuvre, c'est indéniablement ainsi que nait l'Art floral, prélude des écoles d'Art nouveau. Très tôt, dès 1875, Optat produit comme Almaric Walter des pièces à fond d'or avec d'admirables nénuphars, jonquilles, jacinthes, et tout un catalogue de fleurs. Ces pièces d'une taille habituelle de 17 à 20 cm atteignent 1000 € en 2008.

Cette œuvre est mal connue car la céramique est un art considéré comme mineur. Quelques musées présentent un nombre limité de pièces d'Optat Milet (voir la liste des musées ci-dessous.) Les salles des ventes, les salons et les sites d'enchères sur Internet restent les seuls endroit où le hasard peut mettre en contact avec ces œuvres. Quelques reproductions sur des affiches sont disponibles dans les boutiques RMN (Réunion des Musées Nationaux).

Musées
Musée d'Orsay Paris (France)
Manufacture de Sèvres Sèvres (France)
Musée Adrien Dubouché Limoges (France)

Les marques

Elles sont innombrables surtout au regard du nombre de coopérations entre artistes.
Beaucoup de fantaisie dans ce domaine. Il n'est pas rare de voir trois signatures sur la même œuvre.

Optat Milet : "6, rue Troyon", "OM", "Milet" écrit à la main et souligné comme une signature, SEVRES écrit en majuscules avec ou sans ovale en pointillé autour.

Optat Milet et Clément Massier : OMC , Sèvres-Vallauris, Deux M majuscules en miroir, deux demi ronds à l'extérieur des deux jambes du M majuscules, etc.

Optat Milet et Decoeur : M majuscule avec un D majuscule accolé à la jambe droite du M

SOURCE WIKIPEDIA


Félix-Optat Milet (1838-1911). Splendide cache-pot à décor floral. Sèvres 1880